Restauration de la reconstitution d’une maison néolithique aux Marjaudes à Souillac (Lot)

Résumé :

Aux Marjaudes à Souillac (Lot), une maison néolithique reconstituée à l’échelle réelle fait l’objet d’un chantier de restauration participatif. Ce projet d’archéologie expérimentale permet d’explorer concrètement les techniques de construction préhistoriques : charpente en bois local, couverture végétale ou en argile, murs en clayonnage et fabrication de mobilier artisanal. Plusieurs sessions sont proposées tout au long de l’année. Le chantier est ouvert à toutes et à tous : il reste des places disponibles pour rejoindre l’aventure et expérimenter ces savoir-faire ancestraux.

Un projet collaboratif sur le long terme

L’Association Préhistoire du Sud-Ouest s’est associée à l’Association Otzial pour restaurer cette « maquette à l’échelle 1/1 » dont la construction s’est échelonnée pendant les stages d’été de 2012 à 2022. Cette restauration est prévue en plusieurs chantiers dont le premier vient de se terminer.


Une reconstitution expérimentale

Cette maquette ne se veut pas la restitution d’une maison découverte au cours de fouille mais la mise en situation de plusieurs types de matériaux et d’assemblages.

Le auvent à l’ouest

Son plan, un peu surprenant, est lié à l’utilisation d’arbres vivants que nous avons conservés et coupés en fonction de leur rôle.

La charpente utilise des robiniers poussant sur place, comme nos ancêtres utilisaient les érables, les chênes et autres espèces poussant dans le voisinage immédiat de leurs villages.


Les choix de couverture

Pour la couverture, nous avons utilisé des genêts très abondants au bord de la Dordogne. Ce n’est vraiment pas le matériau idéal (mais il a l’avantage d’être gratuit), car il se décompose relativement vite et n’est réellement imperméable que lorsque les liens des fagots sont parfaitement serrés, que le toit est bien tassé avec une pente suffisante.

Notons que dans les zones où le toit a été particulièrement soigné et la pente suffisante, la couverture est encore parfaitement imperméable au bout de quinze ans.

Une hypothèse inspirée de la civilisation de Fonbouisse

Une petite partie a été réservée à l’application d’une hypothèse d’après des vestiges de la civilisation de Fonbouisse : les fouilleurs ont retrouvé dans une maison en pierre de grandes plaques d’argile cuite portant des empreintes de fagots sur les deux faces.

Nous les avons rapprochées d’une technique de couverture aragonaise qui consiste à fixer sur la charpente une couche de fagots de buis perpendiculairement à la pente, laquelle est recouverte d’une couche d’argile d’une dizaine de centimètres d’épaisseur qui, encore molle, sert d’assise à une couche de lauzes gréseuses.

Les lauzes se collent lorsque l’argile sèche, et si elles cassent, l’argile s’humidifie et bloque à nouveau les lauzes, assurant la pérennité du toit.


Les techniques de construction des murs

Pour les murs, nous avons essayé plusieurs techniques :

Argile sur clayonnage

La première : l’argile sur clayonnage avec l’ajout d’ingrédients différents : sciure de bois, paille, mousses et lichen.

Démontage du mur nord ruiné
Les panneaux de clayonnés cordés en place

Nous avons aussi bourré le clayonnage de mousses, puis appliqué une couche d’argile de chaque côté.

Pieux refendus et ligatures végétales

La cloison ouest en poteau refendu et le foyer

Nous avons également utilisé des pieux refendus. Après avoir coupé un tronc d’acacia à la hache polie, nous avons poursuivi l’abattage à la tronçonneuse (faute de temps).Ensuite, les fûts de dix à vingt centimètres de diamètre ont été refendus à l’aide d’un gros éclat de silex, d’un gourdin et de coins en hêtre.

Le mur sud en poteau refendu et mousse

Ils ont été liés à des montants horizontaux avec des ficelles de botteleuse, mais nous avons tout de même, pour l’expérience, confectionné des dizaines de mètres de cordelette en liber de tilleul et de peuplier. Nous avons aussi utilisé des lanières d’écorces fraîches et de cuir non tanné.


Les prochaines rencontres de restauration

Nous prévoyons des rencontres pour les restaurations :

  • En mars, en fonction de la montée de sève : collecte d’écorce de bouleau
  • Du 15 au 20 avril 2026 inclus
  • Du 5 au 7 mai 2026 inclus
  • Du 2 au 9 août 2026 : stage dont le but sera d’utiliser la maison et son mobilier au plus près de ce que nous dicteront les objets

Les participants choisiront leurs jours de présence, sans obligation de rester toute la session.

Pendant les différentes sessions, les repas seront élaborés et pris en commun, selon des modalités à établir. Il sera possible de profiter de dortoirs ou d’emplacements de tente ou de camping-car.


Les travaux à prévoir

Gros œuvre

  • Réfection de certaines parties de la charpente
  • Diversification de la couverture : genêts, paille, roseau, « tuiles » d’écorce de bouleau, argile
  • Réfection de certains murs en argile sur clayonnage
  • Murs en poteaux refendus associés à de la mousse

Mobilier et artisanat

Sparterie

Le mobilier en sparterie comprendra :

Demi-portière en tissage cordé de carex
  • 2 tentures servant de portes
  • Des nattes de couchage

Les techniques utilisées seront le cordé et le tissage diagonal.

Vannerie spiralée cousue

Des corbeilles en spiralé-cousu utilisant la paille, les ronces et d’autres végétaux.

Plateaux à galettes en différents types de spiralés cousus

Modèle du panier de stockage provenant de Saint-Florent en Corse

Reconstitution du panier

Poterie

Des poteries de toutes tailles seront nécessaires : montées à la motte, à la plaque ou au colombin, elles seront cuites, pour certaines en meules, pour d’autres dans un four à flamme directe.

Les pâtes argileuses seront adaptées à chaque utilisation.

Nous pourrons éventuellement leur associer :

  • Des récipients en bois taillés au silex et au feu
  • Des boîtes en écorce de bouleau ou de peuplier
  • Une hache en pierre polie à manche en érable
  • Et bien d’autres objets

Chacun choisira, dans la mesure du possible, la forme de sa contribution.


Bilan de la première session du 19 au 23 février

La première session a permis aux six participants de préparer le chantier en nettoyant l’intérieur de la maison, tout en évaluant ce qui était à conserver.

Nous avons :

  • Rassemblé l’argile à réemployer
  • Débarrassé les ruines du clayonnage du mur nord
  • Installé une bâche neuve
Pose de la nouvelle bâche

Une bonne partie du temps a également été consacrée à la fabrication d’ustensiles en spiralé-cousu :

  • Des plats à galettes
  • Une corbeille
  • Une « bouisse » en cours de montage

Nous avons aussi réalisé, selon la technique de la sparterie cordée, la moitié d’une portière en carex destinée à remplacer les peaux de sanglier.

Toujours avec la technique du cordé, nous avons fabriqué des sortes de stores destinés à remplacer le clayonnage du mur nord. Ils seront ensuite enduits d’une belle couche d’un mélange d’argile, de sable et de mousse.

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